Hugo Pratt, narrateur de l'errance et du rêve vagabond, a forgé en 1967 l'un des personnages majeurs de la bande dessinée européenne : **Corto Maltese**. Cet **aventurier sans empire**, officier et marchand de rêves navigant entre continents et idéologies, ne pouvait naître que du trait d'un créateur capable de mêler l'histoire réelle aux horizons fictionnels. Pratt a doté son héros d'une épaisseur morale singulière : face aux soubresauts politiques du XXe siècle — guerres, révolutions, colonialismes — Corto demeure libre, détaché, fidèle à sa propre éthique vagabonde. Entre **créateur et créature**, la **bande dessinée** devient le langage d'une symbiose profonde : ils partagent une vision commune du monde, celle d'un homme debout contre les tempêtes de l'histoire. À travers ses aventures sérialées dans *Pif* puis en albums prestigieux, Corto Maltese s'impose comme le **double graphique** de l'imaginaire prattien, affirmant que la BD peut rivaliser avec le roman en profondeur psychologique et portée philosophique.
Lien documenté.