Sergei Eisenstein n'a pas illustré Karl Marx : il l'a traduit en langage cinématographique. Le Cuirassé Potemkine (1925) incarne l'intuition qu'une **dialectique visuelle** peut démontrer ce que seul le montage peut dire. Là où Marx théorisait la collision entre classes sociales, Eisenstein construisait des **chocs entre images** — juxtaposant le lion endormi aux marches d'Odessa, la charge de cavalerie aux visages de victimes — forçant le spectateur à produire du sens dans l'écart entre les plans. Cette technique du **montage différentiel**, expliquée dans ses écrits théoriques, devient elle-même dialectique : la thèse et l'antithèse de chaque image engendrent une synthèse dans l'esprit du spectateur. Le film de 1925 demeure l'œuvre où le **matérialisme historique** s'incarne pleinement en cinéma, non par la narration, mais par la structure formelle elle-même. Eisenstein comprenait que le cinéma, art des images en collision, était le médium idéal pour exprimer la lutte des classes non pas comme histoire, mais comme **processus visuel et dynamique**. Ce pont inédit entre philosophie politique et langage cinématographique fondait une véritable **poétique marxiste** — où la forme est le message révolutionnaire, et où chaque coupe est un acte théorique.
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