Alan Moore et Bertolt Brecht partagent une posture esthétique fondamentale : l'**effet de distanciation** comme arme politique. Brecht, en refusant l'illusion dramatique au théâtre, forçait le spectateur à observer les mécanismes de la représentation plutôt que de s'y perdre. Moore applique cette stratégie à la **bande dessinée** avec une radicalité similaire. Dans *Watchmen*, chef-d'œuvre publié en 1986-1987, il interrompt constamment la narration visuelle par des documents intercalés (passages en prose, articles fictifs, archives), des changements de perspective, des monologues qui expose l'artifice. Cette **rupture de l'illusion immersive** force le lecteur à interroger les conventions du héros de papier, tout comme Brecht interrogeait les conventions théâtrales. Moore refuse l'identification naïve ; il demande une lecture critique, consciente des structures narratives à l'œuvre. Le pont entre **théâtre critique** et **bande dessinée réflexive** se consolide ainsi : tous deux utilisent la distanciation non comme défaut, mais comme **méthode d'émancipation intellectuelle**. Moore reconnaît implicitement que le comique, le spectaculaire, le héroïque ne doivent jamais nous voler notre capacité à juger. C'est l'héritage politique de Brecht transplantéau neuvième art.
Lien probable, faisceau d'indices.