Le **Fauvisme** (1905) et **L'Étranger** (1942) incarnent une même révolte : celle de l'arrachement aux conventions qui prétendent gouverner l'authenticité. Quand Henri Matisse et André Derain explosent le code des couleurs naturelles — le ciel n'est pas bleu, l'ombre n'est pas grise — ils revendiquent une liberté radicale de l'expression. De l'autre côté du siècle, Albert Camus dessine Meursault, ce **protagoniste indifférent** qui refuse de pleurer sa mère, d'aimer sa maîtresse selon les règles prescrites, de se repentir face au crime. Ces deux univers partagent une **transgression identique** : le refus de l'émotion conventionnelle. Le Fauvisme crie par la couleur ce que Meursault tait dans son cœur. L'artiste fauve peint l'excès affectif en liberté totale ; le héros camusien murmure l'absence d'affect avec une calme franchise. Émergent d'une époque où l'on attendait de la peinture la reproduction du monde et de la littérature l'expression sincère des sentiments, ces deux créations scandalisent par la même insolence : celle de **refuser les devoirs émotionnels**. L'une sauvage, l'autre glacée — mais toutes deux radicalement libres.
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