Albert Uderzo et René Goscinny, qui lancent **Astérix** en 1959, nouent un dialogue souterrain avec l'Odyssée d'Homère. Le parallèle n'est pas une simple homologie : il s'agit d'une **reprise structurelle**. Chez Homère, le voyage du héros fonde la civilisation grecque ; chez Uderzo, c'est par la quête incessante du petit Gaulois que s'affirme l'identité d'un peuple face à Rome. Le moyen diffère radicalement : là où le poète ancien use du vers hexamétrique, la **bande dessinée convoque l'image séquentielle, le rythme de la case**, la couleur comme vecteur d'émotion épique. Or cette mutation du support n'affaiblit pas l'entreprise mythologique — elle la régénère. Uderzo comprend que l'épopée n'est pas un genre mort, mais une **structure narrative** transposable. Le périple d'Astérix à travers Gaule ou au-delà des mers résonne des mêmes archétypes de l'Odyssée : l'épreuve, la ruse, la fidélité aux compagnons, la **célébration collective**. Là où Homère inscrivait en lettres l'identité grecque, Uderzo la gravait en couleurs sur la page. Un acte de filiation qui abolit les frontières entre littérature et art visuel.
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