Allen Ginsberg s'inscrit résolument dans la lignée prophétique de Walt Whitman, dont il a lu les Feuilles d'herbe en jeune homme. Quand Ginsberg compose Howl en 1955-56, il reprend l'arme de la poésie épique, cette **veine énumérative** que Whitman avait inaugurée près d'un siècle plus tôt. Dans A Supermarket in California, Ginsberg invoque directement Whitman au cœur du présent urbain, entre commerce et consommation américains. Les deux poètes partagent une même compréhension du **barde comme prophète démocratique** : non le chantre des élites, mais la voix de ce qui gît sous les pavés du quotidien. Chez Whitman, c'est la célébration panthéiste du corps et de l'Amérique naissante ; chez Ginsberg, c'est l'indignation sacrée face à la machinerie militaro-industrielle. L'énumération poétique, le vers libéré du carcan métrique, l'**accumulation anaphorique** — Ginsberg les hérite directement. Contrairement à Whitman qui chantait l'union fédérale, Ginsberg hurle la fracture américaine. Pourtant, tous deux structurent leur parole selon une même **prophétie incarnée en images**, une démonstration que la poésie n'admet pas les frontières entre le vulgaire et le sacré.
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