L'album *American Pie* de Don McLean (1971) hérite directement de la mythologie routière que Jack Kerouac a incarnée dans *Sur la route* (1957). Bien que séparant l'écrivain Beat du chanteur-compositeur américain une décennie chargée en ruptures idéologiques, la chanson-hymne de McLean capture l'épilogue poétique d'un rêve : celui d'une Amérique libre, nomade, en quête perpétuelle. Kerouac voyait la route comme **espace de liberté ontologique**, un territoire où l'identité se forge loin des conventions. McLean, lui, chante la **nostalgie** de ce mythe au moment où il s'effondre — la mort de Buddy Holly symbolisant l'effondrement du rock originel, tout comme les années 1960 ont ébranlé les certitudes de la génération précédente. La composition narrative de McLean, saturée de références à la culture pop américaine, emprunte au *stream of consciousness* kerouacien cette accumulation imagée d'instants fugaces et de personnages mémorables. Ce pont entre littérature et musique révèle comment une époque digère ses propres mythes : Kerouac les forge, McLean les met en musique, les interroge, les rend mélancoliques. La chanson devient ainsi **continuation narrative** du roman routier.
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