Art Spiegelman n'a pas lu Freud pour créer Maus, mais son chef-d'œuvre graphique révèle une convergence profonde avec la théorie freudienne du trauma. Dans cette autobiographie de la Shoah serialisée en comics, Spiegelman recourt à une **métaphorisation formelle** — juifs en souris, nazis en chats — qui fonctionne exactement comme les mécanismes freudiens de **condensation** et de **déplacement** que Freud décrivait chez le rêveur. Le trauma, pour Spiegelman comme pour Freud, ne peut être raconté directement : il exige une mise en forme, une médiation symbolique. Ce qui est remarquable, c'est que Spiegelman trace le **trauma intergénérationnel** — comment le trauma parental s'inscrit dans la psyché de l'enfant — en utilisant la structure formelle même de la bande dessinée : la répétition des cases, la fragmentation narrative, les silences de la page blanche. Freud avait montré que le trauma s'énonce par des voies détournées ; Spiegelman le montre par les voies de l'image et de la séquence visuelle. Son travail visualise ce que l'analyste énonce oralement : la **structure profonde** du trauma, celle qui échappe à la narration linéaire. Maus est peut-être l'application la plus rigoureuse et la plus poignante de la grammaire psychique freudienne au langage pictural.
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