Bertolt Brecht et Sergueï Eisenstein ne se sont jamais rencontrés, pourtant ils partagent une conviction identique : le spectacle doit **désillusionne**r avant de convaincre. Le dramaturge allemand invente son **Verfremdungseffekt** (distanciation) dans les années 1930, tandis que le cinéaste soviétique théorise le **montage attractif**. Deux armes poétiques contre l'illusion passive. Pour Brecht, la distanciation théâtrale casse l'emprise émotionnelle du drame bourgeois ; le spectateur doit rester critique face à l'acteur, jamais entièrement absorbé. Eisenstein transpose cette rupture à l'écran : ses **décadrages** brutaux, ses ellipses de montage et ses collisions d'images ne visent pas à bercer le regard mais à le **secouer**, à forcer la conscience du spectateur sur le champ politique de l'image. Tous deux héritent du moment révolutionnaire des années 1920-30. Si Brecht veut un théâtre **épique** plutôt que dramatique, Eisenstein impose un cinéma de **collision** plutôt que de fluidité. Leur point commun ? Le refus de la **séduction inconsciente**. Par le jeu dénudé d'un côté, par le heurt des plans de l'autre, ils restaurent la conscience du spectateur : il ne subit pas, il **pense**.
Lien probable, faisceau d'indices.