En 1850, tandis que Hugo écrivait *Les Misérables* et que Dickens mûrissait *David Copperfield*, deux continents portaient le même projet : transformer le roman en tribunal de la conscience publique. Charles Dickens et Victor Hugo partagent une **conviction littéraire identique** — que la fiction peut changer les structures de l'injustice. Les workhouses de Dickens et les égouts de Hugo deviennent des accusateurs : non pas décors, mais témoignages contre l'ordre social. Tous deux ont grandi à proximité de la pauvreté ; tous deux ont fait de la **rédemption morale** le cœur battant de leur fiction. L'enfance brisée de Dickens dans les usines anglaises, le père de Hugo traversé par les guerres napoléoniennes — ces blessures personnelles génèrent une esthétique commune : le personnage dénué d'ornement, d'élégance, devient le lieu de culpabilité collective. Entre Angleterre victorienne et France monarchiste, deux sociétés du capitalisme rude produisaient des réponses parallèles : une **littérature de justice**. Quand Dickens façonne Olivier Twist ou Hugo Quasimodo, l'enjeu structurel écrase toute psychologie de surface. Cette fraternité en puissance narrative explique pourquoi lecteurs anglais et français trouvaient chez l'autre l'écho d'une voix que leur propre tradition culturelle semblait avoir condamnée au silence.
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