Marcel Duchamp pose un urinoir sur un piédestal en 1917 et le signe d'un autre nom : **l'auteur** s'efface derrière un geste. Cindy Sherman photographie ses propres masques, des dizaines de **poses** qui nient toute essence originelle. Deux révolutions, un même principe : l'identité s'invente, ne se livre pas. Le **ready-made** de Duchamp abolit la distinction entre l'art et l'objet ; c'est le spectateur qui complète l'œuvre en la nommant. Les **Untitled Film Stills** de Sherman abolissent la transparence du portrait ; chaque photographie est une peau qu'on enfile. Pour l'un, l'identité de l'artiste se dissout dans la signature vide ; pour l'autre, celle du sujet s'éparpille en rôles multiples. Tous deux refusent l'**authenticité** comme donnée et la posent comme énigme. Ce lien secret unit la Photographie et la Peinture : une même méfiance envers le moi qui se croit unique et stable. Duchamp l'attaque par le détournement conceptuel, Sherman par la performance du visage. Deux continents qui se touchent au point où l'identité cesse d'être essence pour devenir **objet de mise en scène**, construction fragile, jeu sans fin dans le miroir du spectateur.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.