Dante Alighieri s'impose dans l'imaginaire littéraire de Jorge Luis Borges comme figure tutélaire incontournable. L'écrivain argentin ne lui rend pas un culte d'archiviste, mais reconnaît en lui le **démiurge littéraire** absolu — celui qui impose une vision cosmique du monde à travers la seule force du langage. Les essais borgésiens consacrés à la *Commedia* manifestent cette admiration exigeante. Tandis que Dante déroulait la topographie de l'au-delà médiéval, Borges imagine des salles de bibliothèques sans fin, des **labyrinthes textuels** où la réalité se dissout en emboîtements infinis. Le trait commun ? Tous deux édifient des univers fermés et complets, des **architectures de l'inévitable**. Borges retrouvait chez Dante cette conviction que l'écrivain peut donner forme durable à l'intangible. Il ne s'agit pas simplement de relire le poète florentin, mais de le **ressaisir constamment**, de le projeter dans les structures labyrinthiques du siècle moderne. Cette filiation générative — où le passé devient matériau vivant et non mausolée — révèle une vénération authentique : l'hommage du créateur au créateur, le respect de celui qui se sait héritier conscient.
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