David Bowie et Marcel Duchamp ne partagent pas d'époque, mais une conviction radicale : transformer l'**identité artistique** en matériau conceptuel. Duchamp crée Rose Sélavy en 1920, alter ego féminin qui signe ses ready-mades et dissout la notion d'auteur dans le jeu. Deux générations plus tard, Bowie invente Ziggy Stardust (1972) et établit la **persona musicale** comme création centrale, aussi fictive que délibérée. Pour le peintre français, l'œuvre prime sur l'homme ; pour le musicien anglais, c'est la **fiction de l'interprète** qui fabrique la musique. Chez Duchamp comme chez Bowie, refuser l'authenticité fonde la liberté créative. L'artiste n'est jamais une entité figée, mais une suite de poses et de masques. Quand Bowie renaît tous les deux ans — Aladdin Sane succédant à Ziggy, Berlin succédant à Philly —, il applique la leçon duchampienne : la **continuité du moi** est une illusion romantique qu'il faut dissoudre. Cette convergence révèle une philosophie de l'indétermination : l'**authenticité feinte** vaut mieux que la sincérité stérile. L'œuvre d'art émerge du refus de coïncider avec soi-même. Musique et peinture se rejoignent dans ce geste subversif où l'identité devient le premier ready-made de l'artiste.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.