Diego Rivera n'a jamais rencontré Charles Darwin — le naturaliste était décédé depuis cinquante ans. Pourtant, lorsque le muraliste mexicain entreprend son cycle **Detroit Industry** (1932-1933), il peint une fresque profondément darwinienne : celle de l'évolution des formes. Non pas l'évolution biologique de Darwin, mais son principe directeur transposé au domaine industriel et social. Le cycle monumental de Détroit ne célèbre pas naïvement l'usine automobile ; il la peint comme un **organisme vivant**, suivant une logique de transformation perpétuelle et d'adaptation au milieu technique. Les ouvriers y apparaissent comme acteurs d'une sélection constante, d'un ajustement incessant aux nécessités du travail machinisé. Rivera y intègre même des références scientifiques explicites : chromosomes stylisés, processus de synthèse chimique, structures organiques côtoient les chaînes de production — un langage visuel où l'industrie devient **biologie de masse**. Ce qui fascine véritablement Rivera, c'est le principe même de transformation : comment les formes, les énergies, les rapports sociaux se métamorphosent sous pression matérielle. Darwin avait montré comment la vie s'adapte ; le muraliste marxiste montre comment le travail humain s'y adapte ou s'y abrase. La peinture devient ainsi un **miroir scientifique**, transposant en fresque monumentale les lois d'évolution qui gouvernent le monde moderne.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.