Pablo Picasso n'a jamais dissimulé son admiration pour **Diego Vélasquez**, le peintre du Siècle d'Or espagnol dont il reconnaissait en lui un maître de l'audace plastique. Lors de ses passages au **Prado** de Madrid, Picasso contemple les compositions révolutionnaires du baroque hispanique : ces cadrages décentralisés, cette **libre géométrie** cachée, ces jeux de lumière construits qui brisaient l'académisme. Ce dialogue s'intensifie spectaculairement en 1957, lorsque le peintre moderne entreprend sa célèbre série de variations sur les *Meninas*, le chef-d'œuvre véalasquien. En cinquante-huit toiles et dessins, Picasso dissèque l'univers baroque, cubise la composition classique, transforme le regard du XVIIe siècle en laboratoire d'expérimentation moderne. Chez Vélasquez, il reconnaît un **compagnon de liberté** : celui qui avait osé placer l'œil pictural en position oblique, qui avait joué avec la **profondeur spatiale** et l'ambiguïté du regard. Cette filiation révèle que le **cubisme** ne naît pas ex nihilo — il hérite de trois siècles de maîtrise, la radicalise, la transpose au cœur du XXe siècle. L'influence est une ligne directe : du baroque inventeur au modernisme héritier.
Lien documenté.