L'obsession de **Orson Welles** pour **Don Quichotte** de **Cervantes** ne s'apaise jamais. Dès les années 1950, le cinéaste imagine adapter le roman en film, consacrant plus de vingt ans à ce projet dont seuls des fragments subsistent. Ce n'est pas une simple transposition littéraire : Welles y voit une **correspondance métaphysique**. Le chevalier errant obsédé par son rêve impossible devient l'avatar du cinéaste lui-même, poursuivant une vision cinématographique inatteignable, un **film qui se dérobe éternellement**. Là réside le génie du **pont cross-domaine** : Cervantes, écrivain de l'impossibilité narrative, rencontre Welles, cinéaste du **film inachevé**. Don Quichotte cesse d'être un texte à adapter ; il devient le **miroir de l'impuissance créatrice**. Le film sans fin de Welles transpose la quête sans issue du roman en une quête filmique où la caméra devient elle-même quichottesque — elle cherche, elle échoue, elle persiste. Ce dialogue ne peut exister qu'à cette croisée : la prise de conscience moderne de l'**irréductibilité entre l'intention littéraire et sa réalisation cinématographique**. Welles transfigure Cervantes au prisme du **cinéma expérimental**.
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