Friedrich Nietzsche a lu Emmanuel Kant, l'a étudié, puis l'a violemment combattu. Pour le penseur du XIXe siècle, l'architecture morale kantienne ne représente pas un progrès de la raison, mais une subtile perpétuation de la morale chrétienne sous ses habits rationnels. L'**impératif catégorique** — ce commandement absolu que Kant pose en fondement de l'éthique — devient chez Nietzsche le symptôme d'une rancœur enfouie, l'expression d'une volonté faible qui cherche à imposer ses propres chaînes comme loi universelle. Dans sa **Généalogie de la morale**, Nietzsche remonte aux sources. Il y voit, derrière Kant, une histoire de ressentiment : l'esclave qui, incapable de conquérir sa liberté, l'a transformée en **morale du devoir**. L'impératif catégorique ne serait que le masque philosophique d'une vengeance. Où Kant voyait l'autonomie et la dignité, Nietzsche détecte une auto-mutilation, une négation de la **vie** au profit d'abstractions désincarnées. Ce qu'il y a de révolutionnaire chez Nietzsche, c'est d'avoir montré que la raison kantienne n'échappe pas aux pulsions — elle les refoule.
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