Friedrich Nietzsche n'a jamais connu le mot existentialisme, pourtant **il en fut le précurseur philosophique décisif**. Le penseur allemand, mort en 1900, a frayé le chemin que suivront Sartre, Camus et les existentialistes du siècle nouveau. Son **geste fondateur** : avoir compris que l'homme n'hérite d'aucune essence prédéfinie, qu'il doit **créer ses propres valeurs** face à un univers orphelin de toute garantie métaphysique. Nietzsche avait proclamé la « mort de Dieu » — non comme événement religieux simplement, mais comme **rupture civilisationnelle** inévitable. Cette absence radicale de fondement ouvre un vide vertigineux : sans Dieu, sans Nature qui ordonnerait le monde, l'homme devient **responsable de son propre sens**. C'est précisément cette verticalité angoissante que captent les existentialistes. Sartre, lecteur passionné de Nietzsche via la médiation de Heidegger, reformulera cette intuition en formule majeure : « l'existence précède l'essence ». La **liberté** est le nœud du lien historique entre les deux : chez Nietzsche, elle explosait comme **volonté de puissance créatrice** ; chez Sartre, elle devient **responsabilité inévitable et vertigineuse**. L'existentialisme hérite de Nietzsche non une doctrine close, mais une question qui ne cesse de brûler : comment vivre quand les repères s'effondrent ?
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