Le cinéma expressionniste de Fritz Lang façonne une mythologie visuelle qui structure l'imaginaire graphique du XXe siècle. Avec Metropolis (1927), son chef-d'œuvre, Lang construit un cosmos urbain dystopique où la géométrie règne en maître — tours vertigineuses, gradins infinis, lumières tranchantes qui sculptent l'espace. Cette architecture du futur devient un langage plastique complet, une grammaire de la domination et de la révolte que le cinéma expressionniste diffuse jusque dans les années 1960. Mœbius, formé à cette esthétique filmique, en capte la puissance. Quand il fonde Metal Hurlant en 1974 avec d'autres visionnaires, c'est une ligne épurée, une conquête de l'espace vierge qui peuplent ses pages — l'héritage exact de Lang. Dans ses récits de SF comme Arzak, Mœbius déploie cet univers de perspectives audacieuses, de paysages urbains surhumains, d'une architecture souvent hostile où flotte une inquiétude métaphysique. La transmission passe par l'image fixe, par la découverte juvénile de ces films devenus mythes. Lang nourrit la génération qui invente la bande dessinée d'anticipation française : il offre à Mœbius la permission de dessiner l'avenir comme apocalypse luminescente, machine pensante, sanctuaire de formes.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.