Hannah Arendt n'a cessé de dialoguer avec Kant, particulièrement autour de la notion de **jugement réfléchissant**. Alors que Kant distinguait le jugement déterminant (qui subsume le particulier sous l'universel) du jugement réfléchissant (qui part du particulier pour chercher l'universel), Arendt y découvrit un modèle de pensée politique originale. Dans ses notes posthumes sur la philosophie kantienne, elle redéfinit le jugement politique à l'aune du **jugement esthétique** : une faculté qui n'obéit ni à la prescription morale ni à la programmation technocratique, mais qui s'exerce librement dans la **pluralité**. Pour elle, c'est par le jugement réfléchissant que l'individu, jeté dans le monde commun, peut accéder à une forme de compréhension sans domination. Arendt transforme ainsi la **critique kantienne du goût** en critique politique : jugement n'est pas conformité à un principe extérieur, mais libre exercice de la raison en compagnie d'autrui. Ce détournement philosophique place le jugement au cœur de la **liberté politique** et de la responsabilité partagée.
Lien probable, faisceau d'indices.