Quand on évoque l'obsession du temps qui traverse l'œuvre de Marcel Proust, on oublie souvent que son contemporain Henri Poincaré mène, de son côté, une quête tout aussi radicale mais par des voies opposées. Le mathématicien explore le **temps physique** à travers l'équation, révélant l'asymétrie cachée de l'univers : tandis que la mécanique classique semblerait réversible, la thermodynamique impose l'**irréversibilité**. Entre 1900 et sa mort en 1912, Poincaré édifie une réflexion sur le temps comme construction mentale, matière prima de toute mesure et compréhension. L'écrivain, lui, plonge dans le **temps psychologique**. Son innovation littéraire consiste à faire du temps intérieur — celui de la **mémoire involontaire**, de la sensation évanouie retrouvée — la substance même du récit. Là où Poincaré décompose le temps en variables mathématiques, Proust le reconstitue par fragments de sensation. Ces deux pensées ne s'opposent pas : elles se complètent, révélant comment la France des années 1900 interrogeait l'un de ses mystères les plus profonds. Science et littérature, équation et sensation, convergent autour du même abîme : le temps nous échappe.
Convergence indépendante, sans contact documenté.