La ligne claire d'Hergé plonge ses racines plus loin qu'on ne l'imagine. Deux siècles avant le père de Tintin, **Katsushika Hokusai** (1760-1849) forgeait une autre langue graphique : l'**estampe ukiyo-e**, art de l'économie du trait. Dans ses **36 Vues du Mont-Fuji**, Hokusai déploie une grammaire visuelle radicale — aplats de couleur intenses, lignes architecturales épurées, espaces blancs qui respirent. **La clarté du trait** porte à elle seule le sens : voilà le secret du maître. Hergé admirait profondément ces estampes. Il y voyait une certitude graphique : faire beaucoup avec peu. La **ligne claire** de Tintin hérite de cette discipline hokusaïenne — chaque contour pèse, chaque blanc parle, chaque aplat renforce la narration sans détail superflu. **La Bande Dessinée franco-belge s'enracine ainsi dans l'estampe japonaise**, bien que l'histoire de l'art ait longtemps séparé ces disciplines. Entre la gravure sur bois d'Edo et la planche bruxelloise s'étire une filiation méconnue. Hokusai avait déjà inventé le vocabulaire graphique de l'épuration ; Hergé l'a traduit pour l'imprimerie commerciale. Deux continents, une même foi au pouvoir du minimal.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.