Homère fonde l'épopée occidentale en tant que **forme et puissance narratives**. Victor Hugo le reconnaît comme l'architecte du poème de grandes dimensions — celle d'une narration en vers mêlant action collective et destinée intime. Non par imitation servile, mais par filiation générique profonde. Hugo hérite de la leçon des épopées grecques : construire un **récit versifié d'ampleur**, où le héros demeure porté par les forces historiques et mythiques qui le dépassent. *La Légende des siècles* (1859-1883), l'œuvre-phare de Hugo, se proclame explicitement **épopée des temps modernes**. Elle abandonne le moule classique français de la tragédie pour embrasser la vastitude du récit homérique. Les quatre livres de l'*Iliade* trouvent leur résonnance dans cette chaîne poétique qui traverse l'humanité de l'Antiquité à la Révolution. Mais Hugo transfigure cet héritage. Où Homère chantait les dieux et les guerriers prestigieux, Hugo donne voix aux révoltes anonymes, aux opprimés, aux mouvements collectifs. Le **pouvoir épique de raconter d'un trait plusieurs siècles** demeure intact ; seule sa direction se redéploie. Homère autorisa donc Hugo à rêver en grand, à dépasser les frontières du lyrisme intime, à peindre l'humanité entière. Ce n'est pas une filiation mimétique : c'est la transmission d'une ambition poétique.
Lien probable, faisceau d'indices.