Il ne s'agit pas tant d'une influence avouée que d'une **convergence des gestes**. Quand Pablo Picasso écartèle la forme dans *Les Demoiselles d'Avignon*, il pose le principe même que Jean-Luc Godard appliquera au film : la **rupture de continuité** comme acte libérateur. Godard ne citera jamais Picasso explicitement, mais ses films le trahissent — *À bout de souffle* (1960) débite ses plans comme le cubiste ses facettes, refusant l'harmonie lisse du cinéma hollywoodien. Le montage disjoint devient **équivalent cinématographique** du collage : recombiner les débris pour forcer le spectateur à reconstruire le sens. Alors que Picasso voyait sous plusieurs angles l'espace pictural, Godard démultiplie les causalités du temps filmique. Tous deux rejettent la **totalité illusoire** — l'un par la fragmentation spatiale, l'autre par la dislocation temporelle. C'est en cela qu'une ligne souterraine les lie : ni l'un ni l'autre n'acceptent que la représentation masque ses propres coutures. Le cinéaste regarde la peinture cubiste et y reconnaît une méthode de pensée visuelle applicable à la durée.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.