À première vue, rien de moins probable qu'une rencontre entre le chanteur des Beatles et le philosophe prussien. Pourtant, *Imagine*, le manifeste musical de John Lennon (1971), résonne comme une traduction directe de l'aspiration nietzschéenne à dépasser les **illusions collectives** qui enchaînent l'humanité. Nietzsche voyait dans la **nationalité** et la **foi religieuse** des constructions mentales destinées à rabaisser l'individu, l'aplatir dans le troupeau. La chanson de Lennon reprend cette critique avec une radicalité presque terrifiante : « *No countries... no religion too* ». Ce que le philosophe allemand exposait dans *Par-delà bien et mal* à travers les concepts de **ressentiment** et de **morale esclave**, Lennon le projette en quatre minutes de musique pop. L'effet est inverse du traité : loin d'argumenter, la chanson **sensibilise**, elle peint le rêve plutôt que d'en démontrer la nécessité. Le projet de « *all the people... living life in peace* » traduirait alors une **vision d'humain adulte**, enfin libéré du besoin de ces béquilles imaginaires. Entre le penseur du *Übermensch* et le musicien de Liverpool, le pont est moins une filiation qu'une **convergence d'intuition**.
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