Lorsque Voltaire séjourne en Angleterre entre 1726 et 1728, il découvre John Locke — non pas le penseur académique seul, mais l'architecte d'une révolution épistémologique. L'**empirisme** du philosophe anglais, cette conviction fondamentale que toute connaissance procède de l'**expérience sensible**, captive le jeune Français et lui apparaît comme une arme décisive contre le dogmatisme scholastique dominant. À son retour, Voltaire ne devient pas simplement un lecteur de Locke ; il en fait un champion des Lumières, transformant le penseur anglais en figure tutélaire d'une raison moderne et émancipée. Chez Voltaire, la **sensation** s'érige en fondement de liberté intellectuelle. Elle nourrit sa critique du cartésianisme innéiste, son refus des affirmations sans preuves observables, son parti pris pour la **vérification empirique** contre la spéculation creuse. Mais Voltaire opère une métamorphose : là où Locke construit avec prudence une théorie de l'entendement humain, Voltaire en extraie des conséquences sociales et morales implacables. Il politise l'empirisme, le dramatise, le rend combatif. Entre le philosophe anglais et le tribun français s'établit une filiation où la pensée gagne en rayonnement ce qu'elle laisse de rigueur académique. C'est par ce détournement créateur que Locke devient une clé des Lumières françaises.
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