Meursault tue sans comprendre pourquoi, sans effroi émotionnel — ce geste au cœur de L'Étranger de Camus (1942) transcende le simple dilemme judiciaire. Il incarne l'absurde des pulsions que Freud révèle en théorie : cette part irraisonnée qui nous gouverne en deçà de la conscience. Le refus du deuil, l'indifférence lors du procès, la tuerie sans mobile rationnel — autant de symptômes du clivage freudien entre l'affect normatif et l'affect brut du sujet. Camus formalise sur le mode littéraire ce que le psychanalyste avait conceptualisé : l'absurde n'est que l'irruption crue des pulsions primitives dans un monde qui feint l'ordre. La littérature épouse ici la science : là où Freud disséquait l'inconscient, Camus le libère en fiction. L'Étranger devient le laboratoire où le personnage vit ce que la théorie refuse — l'absence radicale de médiation entre désir et geste. Entre Littérature et Science, le pont dénonce une même vérité : nous ne sommes pas maîtres en nos demeures; nous sommes les marionnettes de nos pulsions.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.