Le **Cuirassé Potemkine** d'Eisenstein (1925) forge la théorie du **montage des attractions** : chaque collision d'images produit du sens, en deçà de toute narration. Ce manifeste du montage comme acte politique et poétique rayonne sous-terrain jusqu'à Jean-Luc Godard. Trente ans plus tard, dans *Pierrot le fou* ou ses premiers films pour la Nouvelle Vague, Godard donne chair à l'héritage : le **jump-cut** délibéré, les **raccords impossibles**, le refus du confort narratif ne sont pas des boutades formelles, mais l'application fidèle du programme eisensteinien, transposé au contexte français des années 1960. Godard ne réplique pas Eisenstein ; il le pousse plus loin. Là où le Potemkine conjuguait collision formelle et clarté idéologique, Godard *décentralise* la politique dans la syntaxe filmique elle-même. Le cinéma devient ainsi **laboratoire de liberté** où chaque coupe ravit au spectateur ses certitudes. Cette filiation souterraine — de Moscou à Paris, du muet aux années 1960 — montre qu'aucun cinéma d'auteur n'échappe à Eisenstein.
Lien probable, faisceau d'indices.