Georges Méliès et les peintres romantiques poursuivent un même rêve d'**exploration de l'impossible**. Quand Caspar David Friedrich ou Turner peignaient des tempêtes sublimes et des horizons infinis, Méliès lance une **fusée vers la Lune** avec la conviction que l'image en mouvement peut incarner l'imaginaire sans entrave. *Le Voyage dans la Lune* (1902) ne filme pas la réalité scientifique : il en peint une version fantasmée, où les **habitants de la Lune** accueillent les Terriens dans un monde merveilleux, et où chaque séquence procède par **tableaux vivants**, comme autant de toiles animées. Les décors peints à main, la composition en perspective clairement affichée, l'absence de réalisme au profit du rêve — tout cela rapproche Méliès de cette peinture qui refusait de se soumettre au visible. Le cinéma devient ainsi le nouveau médium des **rêves romantiques**, capable de projeter sur l'écran cette soif d'infinitude et d'ailleurs que les peintres avaient exprimée pendant tout le XIXe siècle. Où la peinture romantique inscrivait le merveilleux dans l'immobile, le cinéma le fait voyager, le multiplie, l'amplifie en **mouvement perpétuel** — mais l'esprit demeure identique : refuser le quotidien, explorer des mondes inexistants.
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