Les Aventures de Tintin et le réalisme magique partagent une posture narrative singulière : l'intégration de l'extraordinaire dans une tonalité **réaliste et documentaire**. Hergé construit chaque album comme un reportage sérieux, où les éléments fantastiques surgissent sans rupture tonale, normalisés par la précision graphique et l'autorité du jeune **correspondant-aventurier**. Cette approche anticipe de plusieurs décennies le réalisme magique qui transformera la littérature latino-américaine dès les années 1950-60. García Márquez et ses épigones intègrent le merveilleux dans l'ordinaire quotidien, non comme écart exotique mais comme donnée naturelle du monde narré. Le **documentarisme** fonde les deux approches : que ce soit par le trait de Hergé ou par la précision factuelle de la prose, chacune enracine l'irrationnel dans le réel visible. Tintin rend ordinaire l'aventure par sa posture de chroniqueur ; le réalisme magique rend ordinaire le surnaturel par sa **syntaxe aplanie**. Cette **convergence inter-médias** révèle comment le XXe siècle a progressivement émancipé le merveilleux de ses conventions gothiques. Tintin, en bande dessinée, et le réalisme magique, en littérature, montrent que l'extraordinaire n'exige plus de bannière générique : il habite simplement le monde tel qu'on le raconte, avec la même gravité qu'un rapport de voyage.
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