Lorsque Charlie Chaplin achève *Les Temps modernes* en 1936, il déploie une satire cinématographique de l'ère qui émerge des décombres de la Première Guerre mondiale. Le conflit de 1914-1918 a brutalement accéléré la **mécanisation du travail** et l'adoption du **système Taylor** : la rationalisation scientifique des chaînes de production, d'abord militaire, puis civile. Dix-huit ans après l'armistice, Chaplin observe comment cette logique de **production de masse** — née dans les usines d'armement — s'est diffusée partout, transformant l'ouvrier en rouage. Le **Petit Tramp** enfermé dans les engrenages de l'usine moderne se trouve face à ce paradoxe : la Grande Guerre prétendait libérer l'humanité, mais a légué une **servitude industrielle** impersonnelle. Les gags du film — l'absorption du personnage par les rouages, sa synchronisation mécanique au rythme de la chaîne — projettent littéralement sur l'écran l'aliénation engendrée par cet héritage. Chaplin filme la continuation de la guerre par d'autres moyens : une bataille sourde entre l'humain et la machine.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.