À partir des années 1970, Mœbius et Hugo Pratt incarnaient deux conceptions de la **bande dessinée d'auteur** que rien ne pouvait réconcilier. Là où le créateur italien de *Corto Maltese* campait un univers d'aventures romanesques ancrées dans la géographie politique et la nostalgie coloniale, le maître français explorait les territoires de la **science-fiction onirique** et des mondes-métaphores, notamment avec *Arzak* et sa collaboration aux *Incals*. Ces deux visions rivales se cristallisaient dans *Métal Hurlant*, magazine fondateur des années 1970 qui fit la fortune critique de Mœbius. Or Pratt, plus ancien, refusait ce nouveau formalisme pour préserver l'épaisseur narrative et l'humanité romanesque. Cette tension—entre l'expérience **formelle** du medium et l'**intrigue** comme moteur—devint le grand débat de la génération. Leurs influences respectives fracturaient les lecteurs : admirateurs de l'aventure historique face aux explorateurs du **paysage intérieur**. Contemporains de naissance (Pratt 1927, Mœbius 1938), rivaux de maturité, tous deux moururent sans jamais vraiment dialoguer. Mais c'est précisément cette distance productive qui libéra la bande dessinée franco-belge de ses conventions : chacun, refusant l'autre, prouva que l'**art séquentiel** pouvait servir des mondes infiniment variés.
Lien probable, faisceau d'indices.