Jean Giraud, dit Mœbius, et Stanley Kubrick n'ont probablement jamais collaboré, mais leurs univers visuels épousent une même obsession : celle de la **géométrie absolue**. En bande dessinée comme au cinéma, tous deux réifient l'architecture en principal personnage, transformant chaque ligne en énoncé de pouvoir. Les **monolithes noirs** de *2001 : l'Odyssée de l'espace* (1968) auraient pu jaillir des pages d'*Arzak* ; les labyrinthes lisses et technologiques de Mœbius reconduisent la froideur minérale des vaisseaux kubrickiens. Ce qui les unit profondément, c'est une **méfiance du biologique**. Tous deux le remplacent par un ordre construit, mesuré, pétrifiable. Chez Kubrick, le corps humain demeure étranger à ces espaces de rigueur — il y souffre, y déraille. Chez Mœbius, les humains s'effacent dans des labyrinthes où règne une perfection sans faille. La bande dessinée et le cinéma convergent ici autour d'une même conviction : **la forme épouse le pouvoir**. Elle le proclame avant que la narration ne commence. C'est là que ces deux disciplines révèlent leur affinité secrète.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.