La bande dessinée *Maus* d'Art Spiegelman et la pensée de Hannah Arendt forment une convergence saisissante sur la question du mal moderne. Arendt, qui assista au procès d'Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961, formula son concept de **banalité du mal** : le responsable du génocide n'était pas un monstre idéologique, mais un bureaucrate ordinaire, un fonctionnaire sans profondeur existentielle. *Maus*, publié entre 1980 et 1991, transpose cette intuition théorique en images : les bourreaux nazis ne sont pas représentés comme des créatures monstrueuses, mais intégrés dans un système administratif banal. Les personnages de Spiegelman exécutent les atrocités comme on accomplirait un travail routinier. La puissance de cette bande dessinée réside précisément dans sa capacité à rendre **visible le quotidien de l'horreur**, là où la philosophie décrypte ses structures abstraites. Spiegelman montre les repas, les conversations ordinaires, les détails infimes de la persécution : il peint l'ordinaire du meurtre. Cette alliance du médium plastique et de la théorie arendtienne révèle comment le totalitarisme prospère non par le spectaculaire et le grandiose, mais par l'**absorption progressive du mal dans la normalité** des gestes et des institutions quotidiennes.
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