Au cœur de *Vivre sa vie* (1962), Godard installe sa caméra au musée du Louvre comme en terre conquise. Nana traverse les galeries, s'attarde devant les maîtres — Velázquez, Léonard — et le cinéaste transforme ce qui devrait rester contemplation silencieuse en moment de friction cinématographique. C'est précisément là que se joue le paradoxe : le **Louvre** est le mausolée de la peinture, l'archive cristallisée de cinq siècles de figuration, tandis que **Godard** affirme que le cinéma doit respirer, accélérer, refuser la posture vénérable. En filmant la peinture, il la libère de son cadre doré. Les tableaux cessent d'être des objets intemporels pour devenir des images parmi d'autres, soumises au montage, à la vitesse du flux cinématographique. Cette **traversée du musée en caméra portée** n'est pas une visite cultiste : c'est une prise de possession, une manière de dire que la modernité cinématographique récupère l'héritage pictural pour le réinventer. Le **Louvre devient studio**, le passé de la peinture alimente le présent du cinéma.
Lien documenté.