La révolution astronomique de Nicolas Copernic au XVIe siècle et la critique philosophique de Friedrich Nietzsche trois siècles plus tard partagent une vertu commune : elles **décentrent l'humanité** de la position d'honneur que celle-ci s'était octroyée. Copernic ne se contente pas de déplacer mathématiquement la Terre : il la relègue au statut de planète orbiculaire, simple voyageuse d'un Soleil immobile. Cette révolution héliocentrique abolit une évidence millénaire — l'homme terrestre au cœur du cosmos. Nietzsche, lecteur tardif de ce basculement, le comprend comme symptôme d'une **décadence morale** bien plus profonde. Son projet dépasse la simple critique de la morale chrétienne qui place l'homme en enfant chéri de Dieu : il diagnostique une humanité qui se refuse à elle-même, qui abdique ses propres forces. Le Surhomme nietzschéen est celui qui accepte cette **expulsion** cosmique et morale — qui renonce à l'illusion d'une transcendance qui le sauverait. Entre Copernic et Nietzsche s'établit ainsi une étrange filiation : la science avait montré que l'homme n'était pas le centre spatial du monde ; la philosophie doit montrer qu'il ne peut être le centre normatif d'aucune valeur absolue. Les deux penseurs **démantèlent l'anthropocentrisme**, mais par des voies différentes — l'une mathématique, l'autre généalogique.
Lien documenté.