Pina Bausch (1940-1982) n'a probablement jamais écrit sur Freud, mais sa révolution chorégraphique porte la signature de la **psychanalyse du XXe siècle**. Lorsqu'elle fonde le **Tanztheater** à la fin des années 1960, Bausch rejette les abstractions de la danse moderne pour ramener le corps à l'authenticité des **pulsions brutes**, des émotions non filtrées, des gestes du quotidien saturés de désir. Cette proposition est profondément freudienne. Là où Freud postulait que l'**inconscient** gouverne nos actes conscients, Bausch découvre que le **corps** peut devenir l'archive vivante de ce qui est refoulé. Ses chorégraphies — notamment *Café Müller* (1978) — transforment la scène en **divan de danse**, où les traumatismes, les anxiétés existentielles et les pulsions érotiques ne sont plus sublimés mais incarnés, dansés, clamés par les mouvements. Le génie de Bausch consiste à traduire en vocabulaire corporel ce que Freud avait formulé en théorie : que nous sommes habités par des forces qui nous dépassent. En mettant **le corps au service de l'inconscient**, elle crée un pont entre la psychologie théorique et l'expérience sensible, convertissant le divan analytique en matière dansante.
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