Traverser trois siècles sépare Katsushika Hokusai du créateur japonais Shigeru Miyamoto, mais ces deux maîtres de l'espace partagent une conviction viscérale : la clarté épurée produit de la puissance narrative. L'estampe **Sous la vague au large de Kanagawa** déploie sa perspective vertigineuse par l'absence de détail superflu — chaque trait de pinceau calcule la profondeur, ordonne le regard. Miyamoto transporte cette grammaire dans l'architecture des niveaux vidéoludiques. Dans **Super Mario 64**, chaque caméra, chaque silhouette, chaque palette chromatique répond à un principe de transparence compositionnelle : le joueur doit instantanément lire l'espace, identifier les trajectoires possibles. C'est le même postulat que celui de Hokusai — faire parler la **structure** plutôt que l'ornement. Au-delà de la simple coïncidence stylistique, ce parallèle révèle comment **l'estampe japonaise** propose une matrice conceptuelle intemporelle : non pas un style visuel, mais une philosophie du rapport entre l'observateur et l'espace. Qu'il s'agisse du tableau du XVIIIe siècle ou de l'environnement 3D interactif, l'épuration reste principe de lisibilité. Miyamoto ne recopie pas Hokusai ; il prolonge cette pensée par d'autres moyens, transformant le pinceau en vecteur ludique.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.