Quand **The Beatles** publient *Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band* en 1967, ils importent dans le rock psychédélique la révolution littéraire que **James Joyce** avait opérée trois décennies plus tôt. La technique du **stream of consciousness** joycien — ce flux ininterrompu de pensées fragmentées, d'associations libres et de jeux de mots — trouve sa transposition musicale dans les paroles de l'album. Des titres comme « I Am the Walrus » ou « Being for the Benefit of Mr. Kite! » abandonnent la narration linéaire pour construire un univers où la langue danse, se démultiplie, résiste à l'interprétation univoque, exactement comme dans *Ulysse*. Cette porosité entre littérature d'avant-garde et musique populaire illustre comment les Beatles savent puiser dans la haute culture pour régénérer le langage pop. Le psychédélisme sonore épouse la **défamiliarisation du langage** joycien : distorsions, échos, montages superposés deviennent les équivalents musicaux des palimpsestes verbaux de Joyce. C'est dire que l'héritage de Joyce n'est pas une influence passive, mais une **réappropriation créative** qui redéfinit ce que peut dire et faire une chanson rock, transformant la pop en laboratoire expérimental où la littérature et la musique fusionnent.
Lien probable, faisceau d'indices.