Ulysse de Joyce et le Ring wagnérien poursuivent une **ambition convergente** : reformuler le mythe fondateur dans un langage que l'époque n'a pas encore compris. Composé entre 1851 et 1874, le cycle du Nibelung replonge Wagner dans les épopées germaniques ; Joyce y répond en 1922 en plaçant l'Odyssée homérique dans une seule journée de Dublin. Ces deux approches relèvent d'une **refonte généalogique**. Wagner invente le **leitmotiv**, cette phrase musicale qui cristallise chaque force du drame ; Joyce forge le **flux de conscience**, où la pensée mentale devient elle-même l'architecture du récit. Deux disciplines, un même dessein : transformer le patrimoine en forteresse conceptuelle. La musique wagnérienne parle par suggestion symphonique ; le roman joycien le fait par saturation et déformation du langage même. Entre symphonie et prose, le pont tient à une certitude partagée : l'œuvre totale requiert une **rupture radicale avec la transmission convenue**. Homère et le Nibelung survivent métamorphosés.
Convergence indépendante, sans contact documenté.