L'**Énéide** de **Virgile** (achevée vers 19 av. J.-C.) incarne l'une des plus subtiles **métamorphoses** de la mythologie grecque en génie romain. Rédigée sous Auguste, cette épopée de douze chants dialogue directement avec les poèmes d'Homère — l'*Iliade* et l'*Odyssée* — mais les redéploie selon une logique nouvelle. Virgile refuse la simple imitation : il tisse une **filiation mythique** entre l'univers grec et le monde romain, transformant le héros troyen **Énée** en ancêtre légendaire de Rome elle-même, garant du lien entre passé troyen et destinée impériale. Ce qui distingue ce prolongement, c'est la **réappropriation** des puissances divines : les dieux grecs du Panthéon homérique — Zeus, Athéna, Poséidon — conservent leurs noms romains (Jupiter, Minerve, Neptune), mais aussi leur complexité passionnelle et leurs rivalités. Plus qu'une translation terminologique, c'est une **transfiguration sémantique**. Au IVe chant, la liaison d'Énée avec **Didon** à Carthage puise aux motifs odysséens, mais Virgile en fait une tragédie de passion et de devoir absente chez Homère, révélant comment le mythe grec devient instrument de méditation romaine sur le sacrifice personnel et l'ordre politique. Virgile n'illustre donc pas simplement l'héritage grec — il le réanime, le rend expressif du destin romain, et le pose en **fondement poétique** de l'empire.
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