Vivienne Westwood et Cindy Sherman opèrent dans des domaines distincts — l'une habille les corps en signes politiques, l'autre photographie des corps masqués. Pourtant, elles convergent autour d'une certitude : l'identité n'existe que comme représentation construite. Westwood détourne les codes vestimentaires en symboles de subversion, transformant le vêtement en acte anticonformiste. Sherman, dès ses Untitled Film Stills (1977-1980), emprunte les costumes et scénarios du cinéma hollywoodien pour interroger la fabrication du sujet féminin. Toutes deux héritent de l'antiart de Duchamp et Warhol : le refus de l'authenticité, l'appropriation et le masque comme outils critiques. Westwood expose l'artifice par la subversion ; Sherman le désamorce par le travestissement photographique. Ces deux gestes se rejoignent dans une même interrogation du corps comme surface de représentation. Le pont Mode-Photographie émerge ainsi : un refus partagé de la naturalité, une même conviction que l'image du corps — portée ou capturée — devient l'instrument d'une critique radicale de ce que nous croyons être.
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