La rivalité entre **Voltaire** et **Jean-Jacques Rousseau** cristallise l'une des plus profondes fractures intellectuelles du siècle des Lumières. Au-delà du conflit d'ego, c'est toute une conception de la nature humaine et du progrès qui se dessine dans leurs écrits antagonistes. Le penseur parisien croit au triomphe de la **raison critique**, capable de démanteler les superstitions religieuses et d'édifier une société rationnelle. **Rousseau**, nourri de la tradition genevoise, soupçonne au contraire la **civilisation** d'avoir perverti la bonté innée de l'homme. Leurs positions s'opposent frontalement lors des débats sur le tremblement de terre de Lisbonne : quand Voltaire discerne une preuve de l'indifférence cosmique, Rousseau dénonce chez le philosophe parisien une frivolité face à la souffrance universelle. Plus qu'une querelle d'hommes, c'est une opposition de deux visions irréconciliables. D'un côté, la **raison destructrice** des anciennes institutions ; de l'autre, l'éloge de la **sensibilité** et du retour à la vertu naturelle. Chacun redéfinit l'émancipation à partir d'une prémisse incompatible avec l'autre. Cette rupture ne s'éteint pas avec ses protagonistes. Elle traverse le romantisme, alimente les débats modernes sur le progrès et la technologie, et reste vivante dans notre rapport ambivalent à la civilisation.
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