*Watchmen* (1986) et *1984* partagent une même **dystopie de la surveillance**. Là où Orwell envisage un État totalitaire tout-voyant, Alan Moore et Dave Gibbons imaginent des **vigilantes masqués** qui s'autoproclaiment gardiens du monde sous prétexte de justice. Les deux œuvres établissent que le **pouvoir réel** ne réside pas dans la force brute, mais dans le **regard omniscient** — celui de Big Brother ou celui d'Ozymandias, architecte caché des événements. Créée en pleine Guerre froide, *Watchmen* réactive les angoisses orwelliennes : comment s'opposer à un régime invisible ? Qui surveille les gardiens ? Orwell posait la question en prose politique ; Moore la **transfigure en images**, en montages, en symboles visuels qui explosent la notion même de transparence. La bande dessinée, format plus immédiat, révèle ce que le roman dénonçait : que la **domination passe par le secret et l'illusion**, non par l'aveu. Ces deux monuments de la **culture critique** se nourrissent l'un l'autre — la BD prolonge le diagnostic littéraire, en prouvant que l'expression dystopique transcende les médias pour devenir langage universel de la vigilance civique.
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