Lorsque Werner Heisenberg formule en 1927 son **principe d'indétermination**, il contredit deux siècles de certitude newtonienne : la position et l'impulsion d'une particule ne peuvent être connues simultanément. À quelques années d'intervalle, un bouleversement d'égale ampleur travaille la peinture. Kandinsky, Mondrian et Malevitch ont libéré l'art de la mimésis, posant que la couleur et la forme autonomes suffisent à l'œuvre. Entre le savant et les peintres abstraits se noue une **affinité conceptuelle** rarement soulignée. Tous rejettent un **déterminisme totalisant** : Heisenberg démontre que l'univers échappe à la prédiction absolue ; l'abstrait proclame que l'image n'est pas tenue d'incarner le monde visible. L'observateur, chez Heisenberg, perturbe irrémédiablement ce qu'il mesure. Le spectateur devant Mondrian devient, de même, actif : la composition géométrique agit sur sa perception, transforme son rapport au visible. Deux mondes parallèles accouchent d'une même révolution : l'impossibilité de la certitude totale **engendre une liberté nouvelle**, où règnent l'ambiguïté, le possible, l'inachevé permanent. La science et l'art se retrouvent dans le refus de l'ordre unique.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.