Vassily Kandinsky n'a jamais conçu un bâtiment, pourtant son héritage flotte dans chacune des constructions de Zaha Hadid. Ce que le peintre russe libéra au début du XXe siècle — la **ligne abstraite** comme porteuse de force et de mouvement — l'architecte iraquienne-britannique l'a solidifié en matière et en espace. Quand Kandinsky affirmait dans son *Traité du spirituel dans l'art* que la **géométrie non-euclidienne** exprimait une réalité plus profonde que la représentation classique, il ouvrait une voie que seule la troisième dimension semblait capable de parcourir complètement. Hadid a saisi cette opportunité. Ses formes **déconstructivistes** — les courbes fluidifiantes du Centre Heydar Aliyev de Bakou, la fragmentation spatiale du MAXXI de Rome — refusent l'angle droit à la manière dont Kandinsky refusait la mimésis. C'est une transmission qui n'a jamais eu besoin de lettre : celle de l'**abstraction géométrique** transformée en phénoménologie construite. La ligne que le peintre faisait danser sur la toile, l'architecte la projette en façades qui ondulent et en atriums qui épousent le chaos organisé. Entre Kandinsky et Hadid court une généalogie de la rupture formelle.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.