1950–1965
Courant théâtral (Beckett, Ionesco) où le langage se délite et le sens se dérobe.
Le Théâtre de l'absurde — terme forgé par le critique Martin Esslin en 1961 — désigne les pièces de Beckett, Ionesco, Adamov, Genet et Pinter qui représentent l'absurdité de la condition humaine non par le discours philosophique mais par la forme dramatique elle-même : des personnages qui ne communiquent pas, des langages qui ne fonctionnent pas, des actions qui ne mènent nulle part, une attente sans objet. *En attendant Godot* (1953) de Beckett — deux vagabonds qui attendent un Godot qui ne vient pas, dans un décor quasi nu — et *La Cantatrice chauve* (1950) d'Ionesco — une conversation bourgeoise où les mots perdent progressivement leur sens — constituent les deux œuvres fondatrices.
Le théâtre de l'absurde est la traduction dramatique de la philosophie existentialiste de Camus et Sartre : l'absence de sens inhérente à la condition humaine, que Camus appelle l'absurde, devient ici le principe formel du spectacle. Son influence sur le théâtre contemporain est totale et invisible — invisible parce que ses innovations (le personnage sans psychologie, la structure circulaire, le vide du décor) sont devenues des conventions banales du théâtre expérimental. Stoppard (*Rosencrantz et Guildenstern sont morts*, 1966) et Pinter prolongent sa logique. Au cinéma, Buñuel (la bourgeoisie qui ne peut pas sortir de la salle à manger dans *Le Charme discret de la bourgeoisie*, 1972) traduit en images ses principes. Le *stand-up comedy* et le comique de situation télévisé (Monty Python, *Seinfeld*, *The Office*) héritent directement de sa logique absurdiste.
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