Andreï Tarkovski retrouve chez Arthur Rimbaud une quête qu'il transpose à l'écran : celle de l'**absolu poétique** accessible par le dépassement des formes convenues. Rimbaud, dans sa lettre du Voyant (1871), théorisait le **dérèglement systématique des sens** comme voie vers l'inconnu ; le cinéaste soviétique appréhende le **temps filmique** comme équivalent spirituel. Où Rimbaud fracassait la syntaxe poétique pour libérer la voyance, Tarkovski dilate les plans, suspend le récit, transforme chaque image en **méditation suspendue**. Ses films — *Stalker*, *Le Miroir*, *Solaris* — ne racontent pas : ils enveloppent, aimantent, laissent le spectateur submergé par une densité spirituelle que la narration linéaire aurait évaporée. Ce rapprochement dépasse l'influence directe. C'est une affinité de **méthode poétique** : refuser la représentation transparente, repousser le réel vers des horizons impénétrables. Rimbaud et Tarkovski honorent la même conviction que l'art véritable naît du refus de clarté, de l'acceptation d'une **opacité féconde** où le sens bourgeonne en silence.
Lien probable, faisceau d'indices.