Man Ray a fait de la photographie bien plus qu'un procédé d'enregistrement : une **arme créatrice**. Ses rayographies, ces photogrammes obtenus sans appareil, ont pulvérisé la distinction entre photographie et peinture dessinée. Quelques décennies plus tard, **Andy Warhol** ne nie pas cet héritage; il le radicalise. Tandis que Man Ray détournait la photo pour l'ériger en art, Warhol en fera le fondement même de sa peinture. Ses **sérigraphies** de Marilyn ou d'Elvis trouvent leur source dans des **photographies de presse** — images banales qu'il élève au statut d'icône par la couleur, la répétition, le choix. Le geste n'est pas si différent : faire de la photo la matrice, le point d'ancrage d'un art qui transcende la simple **reproduction**. Chez Warhol, la photographie n'est plus le fantôme derrière la peinture, mais le **cœur battant** de l'œuvre. Cette continuité révèle une conviction partagée : à l'époque de la **reproduction de masse**, l'art ne se définit plus par l'absence de la photo, mais par son **intégration**, son **détournement**. Man Ray l'avait entraperçu; Warhol en a tiré les conséquences.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.