Quand Hugo Pratt crée **Corto Maltese** en 1967, le personnage hérite d'une généalogie littéraire intense : celle de l'**aventurier poétique** dont **Arthur Rimbaud** demeura le prophète. Dès le XIXe siècle, ce jeune révolté—qui abandonna Paris pour l'Afrique de l'Est—forgea une **rébellion existentielle** que Pratt transpose en univers graphique. Le marin sans attaches de Corto Maltese rejoue ce scénario rimbalien : refuser un destin tracé, naviguer entre continents et philosophies, transformer le **voyage en introspection**. Or, là où Rimbaud interrompit l'écriture poétique pour se perdre dans l'aventure commerciale africaine, Corto Maltese **synthétise les deux domaines**. Ses histoires, dessinées à la **ligne claire**, se lisent comme des poèmes en images — récits où chaque traversée marine devient **quête du sens**. La correspondance n'est pas thématique mais épistémologique : tous deux réfutent le sédentarisme mental, posent l'**errance comme forme de connaissance**. La BD de Pratt actualise ainsi le rêve rimbalien au XXe siècle : créer un personnage qui vit la poésie plutôt que de la déclamer, dont l'existence devient l'œuvre — figure où **l'acte et la parole fusionnent enfin**.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.